Dans la série « Focus Sur » nous sommes allés à la rencontre de M. Ahmed Hentati CEO de SIA, la Société Industrielle d’Amortisseurs. Cette cosiété  a été fondée en 1989 en partenariat avec RECORD France. Grâce aux deux marques SIA’AM et RECORD, SIA est leader dans la fabrication et la commercialisation des amortisseurs au sud de la méditerranée.

SIA exporte plus de 80% de sa production et fournit les principaux constructeurs automobiles européens en pièces d’origine et de rechange. Elle assure aussi la sous-traitance pour le compte des plus grands équipementiers automobiles mondiaux.

Bonjour Mr Hentati, pourriez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Ahmed Hentati et je suis président directeur général de la Société Industrielle d’Amortisseurs SIA depuis fin 2009. Après des études de prépa scientifique Maths Sup Maths Spé en France, j’ai intégré l’école des Mines d’Alès pour avoir un diplôme d’ingénieur puis Georgia Tech à Atlanta pour faire un Master en ingénierie industrielle.

 

À mon retour en Tunisie, j’ai travaillé à Lear Corporation jusqu’en 2009 en tant qu’ingénieur amélioration continue puis qualité pour le client Ford.

 

Je gère la société familiale SIA depuis fin 2009. Le groupe Hentati est également parmi les plus grands actionnaires du groupe MISFAT avec plus de 45% de participation.

Pour parler plus de SIA et notre présence à l’international, nous sommes représentés à travers des agents à l’étranger dans certains pays. En revanche, nous exportons nos amortisseurs et autres pièces de suspension dans toute la région méditerranéenne principalement en Afrique du Nord et en Europe.

En Afrique du Nord, nous exportons sous nos propres marques : SIAAM et Record France sous licence. En Europe, SIAAM est proposée notamment en France chez notre partenaire exclusif Exadis qui est une propriété du groupe Renault et du groupe Mobivia (propriétaire de plusieurs chaines dont Norauto et Midas).

Nous sommes présents en Europe également par notre offre attractive MDD(marque de distributeurs/private label). Et là, nous travaillons avec de grandes enseignes telles que Eurorepar du groupe Stellantis, Motrio du groupe Renault et d’autres grands équipementiers mondiaux pour les véhicules.

 

Comment avez-vous fait au sein de la SIA pour dépasser la crise du Coronavirus? 

Depuis Mars 2020, nous avons mis en place un protocole sanitaire renforcé.

Il nous a permis d’avoir un nombre limité de cas positifs au COVID avec des procédures limitant les risques propagation du virus quand il y a un cas qui a été identifié.

Nous avons également défini un P.C.A: Plan de Continuité d’Activité pour assurer notre continuité sur le plan opérationnel. C’est en fait ce qui nous a permis d’assurer notre résilience face à cette pandémie.

 

Le 3ème élément qui nous a permis de bien gérer cette période de Mars à Mai 2020, c’est notre forte présence au sein de la T.A.A dont je suis membre au sein du comité de direction. Nous avons pu partager entre les membres nos « Best Practices », obtenir des informations à temps et ainsi pouvoir agir et rassurer nos clients internes et externes. Nous avons également essayé de faire en sorte que notre Supply Chain ne soit pas rompue grâce à un monitoring régulier en temps réel avec les fournisseurs.

 

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur votre engagement auprès de la TAA?

 

La SIA est membre de la TAA depuis 2017 et Je suis personnellement dans le comité de direction depuis juillet 2019. Pour moi, la TAA doit gérer un rôle central pour le développement du secteur automobile dans le pays, d’où mon engagement et contribution. Durant le début de la pandémie en 2020, il m’est arrivé de contribuer à rassurer certains constructeurs automobiles s’approvisionnant en Tunisie en aidant à ce que leurs fournisseurs reprennent l’activité dans les meilleures conditions avec les autorisations nécessaires et en ayant un contact régulier avec eux. J’ai également fait partie du comité ayant participé à l’élaboration du pacte pour la compétitivité de l’industrie automobile en Tunisie.

 

Par ailleurs, je fais actuellement parti de l’équipe de dirigeants chargée de la création du plan d’affaires de la T.A.M.A (Tunisian Automotive Management Academy) académie qui aura pour objectif de répondre aux besoins en formations (management, technique ou métier) des entreprises industrielles automobiles en Tunisie, et en priorité aux membres de la TAA.

 

Selon vous, quelle est la compétitivité de la Tunisie par rapport aux autres pays qui, eux aussi, misent sur l’industrie automobile ?

 

Nous avons commencé depuis la fin des années 70 à développer des compétences dans l’industrie automobile ce qui nous a donné une longueur d’avance par rapport à nos voisins de la région sud méditerranée. Par ailleurs, si nous analysons les taux horaires de la main d’œuvre ou les salaires des cadres dans l’industrie automobile tunisienne, nous réalisons que nous sommes encore très compétitifs point de vue coût salarial dans la région.

Cependant, pour rester dans la course il y a d’autres critères qui rentrent en considération dont la stabilité politique, le développement de l’infrastructure et de l’écosystème automobile local et notre aptitude à améliorer notre positionnement concurrentiel avec des produits et des services offrant la valeur ajoutée à nos clients dans un monde de plus en plus digital.

 

Selon vous, quels seraient les axes sur lesquels il faudrait travailler ?

 

Les axes et priorités sur lesquels il faudrait travailler ont été bien définis sur le pacte pour la compétitivité du secteur automobile présenté au ministre de de l’industrie. Les piliers de la stratégie sont l’amélioration de l’infrastructure, le cadre réglementaire et incitatif, la formation aux métiers automobile d’aujourd’hui et de demain, la R&D mais aussi la visibilité et l’image de la Tunisie pour les investisseurs. Je rajouterai également que la stabilité politique et la reprise économique du pays sont des enjeux décisifs pour les investisseurs locaux et étrangers actuels et futurs.

Par ailleurs, je pense que nous devrions chercher des formes de collaboration avec les entreprises chinoises dans leur ambition de conquérir les marchés africains et européens de l’automobile. Actuellement et encore plus dans les années à venir, la Chine est le pays le mieux placé pour prendre le leadership sur la mobilité, la conduite autonome, la digitalisation et l’électrification. Nous pourrions être un bon partenaire dans la région.

 

 

Quelle est votre vision pour l’industrie automobile tunisienne pour les années à venir?

 

Nous devons développer une vision nationale commune avec toutes les parties prenantes afin qu’elle puisse donner ses fruits et que la Tunisie devienne un acteur incontournable dans l’industrie automobile de demain.

Il faudrait que nous fassions le choix de créneaux stratégiques ciblés prenant en considération les méga tendances du secteur.

Par exemple, le parc auto mondial est en train d’évoluer vers des véhicules électrifiés incluant l’hybride. Les experts estiment que ces véhicules passeraient de 1% du parc européen à 20% en 2030. Ils remplacent progressivement les véhicules diesel qui sont tombés à 30% des nouvelles immatriculations en Europe depuis le diesel gate.

Avec cette tendance, à nous d’identifier et de developper un savoir faire sur les pièces et sous ensembles utilisés dans la fabrication et l’entretien des véhicules électrifiés. Ces éléments connaitront une forte demande dans les années à venir. Je pourrai citer les composants intervenant dans la fabrication et assemblage des packs de batterie, les capteurs, l’électronique de puissance…..

Par ailleurs, nous avons des atouts à utiliser pour servir la mobilité future, la conduite autonome et connectée : l’écosystème tunisien autour des technologies de l’information et de la communication, des startups qui se développent dans le domaine du machine learning et intelligence artificielle. Nous pourrions devenir un hub incontournable spécialisé dans le développement de softwares, technologies de la data, applications et services utilisés par les conducteurs et passagers de la voiture de demain. Nos compétences ne manquent pas.